Toujours dans les trucs sympas, je vous partage ce petit article sur le scorbut... pour vous mettre de bonne humeur ! :p

Et n'oubliez pas votre vitamine C ! ^^

Le retour du scorbut au XXIe siècle

 

 

Signe de quelles carences ?

 

La gale, la tuberculose ou encore la rougeole… Depuis une dizaine d’années, ces maladies, tenues pour disparues, qui évoquent saleté et misère liées à un passé archaïque révolu dans l’imaginaire collectif, sont réapparues en France.

En 2017, les médecins ont aussi détecté plusieurs cas de scorbut. Longtemps craint des équipages de marins, qu’il décimait, ce mal trouve son origine dans une alimentation dépourvue de vitamine C. Comment expliquer le retour d’une telle maladie, si facile à prévenir, dans la France du XXIe siècle ?

Comment se manifeste le scorbut ?

Chez les personnes privées de fruits et de légumes pendant une longue période, le scorbut apparaît et se signale par un cortège de symptômes : anémie, fièvre, hémorragies multiples, notamment au niveau des gencives, douleurs musculo-squelettiques, infections ORL à répétition, troubles gastro-intestinaux et par une cachexie progressive pouvant entraîner la mort.

Aquarelle des symptômes du scorbut, 1851. Collections historiques INM.

Une longue histoire…

 

Cette affection est connue depuis la plus haute Antiquité même s’il a fallu attendre de nombreux siècles pour l’identifier avec précision.

Si quelques textes antiques évoquent ainsi des manifestations d’hémorragies buccales, de plaies gingivales et d’ulcères aux jambes (Hippocrate) ou encore une mystérieuse maladie « à la bouche puante » déclarée dans une armée romaine errant dans le désert d’Arabie (Pline l’ancien, Histoire naturelle), aucun de ces savants n’a cependant relié tous ces symptômes à une maladie spécifique. Et jusqu’à présent la paléopathologie n’a pas confirmé la présence de scorbut dans l’Antiquité.

En revanche, l’ostéologie (étude anatomique des os) a permis de certifier la présence du scorbut au Moyen-Âge. Des traces ont ainsi été relevées en Scandinavie, mais aussi à Anvers sur les corps inhumés après le siège de 1584 ou sur des squelettes trouvés en Croatie. Des découvertes logiques puisque cette maladie sévit particulièrement lors des grandes famines et des guerres. Ses symptômes seront d'ailleurs décrits par l’historien et futur cardinal Jacques de Vitry lors du siège de Damiette (1218-1219), ville d'Égypte convoitée par saint Louis lors de la septième croisade.

Le scorbut fait aussi des ravages au XVIIe siècle pendant le blocus de la Rochelle (1628) exercé par Louis XIII puis au XIXe siècle durant la Grande Famine d’Irlande (1845-1846), ou encore quelques années plus tard, lors de la ruée vers l’or en Californie (1848) qui exige des aventuriers la périlleuse traversée des Rocheuses. Elle décime également les camps de prisonniers de la guerre de Sécession (1861-1865) et se propage pendant le siège de Paris lors de la guerre franco-prussienne de 1870.

Sa présence est de même attestée dans les voyages d’exploration, comme ceux de René Caillié à Tombouctou en 1828 ou celui de l’explorateur Robert Falcon Scott avec son équipe au pôle Sud en 1901.

Scorbut : latin, néerlandais, suédois ou norrois ?

Le mot latin « scorbutus » est attesté pour la première fois en 1557, dans le vocabulaire médical, probablement emprunté au moyen néerlandais scôrbut (en néerlandais, scheurbuik), par l’intermédiaire de l’ancien suédois skörbjug, du vieux norrois skyrbjúgr (scorbut), composé de skyr (lait caillé) et de bjúgr (œdème). Dans leurs longues courses sur mer, les anciens Normands emportaient souvent des provisions de lait caillé ; la consommation de grandes quantités de celui-ci passait pour créer facilement des œdèmes. Le sens premier du mot était donc « œdème dû à la consommation de grandes quantités de lait caillé ». Le mot « scurbut » se rencontre aussi en 1604 dans Description du premier voyage faict aux Indes Orientales par les François, par François (de Vitré) Martin, et en 1610 dans Histoire de la navigation, par Jean Hugues de Linscot Hollandois.

La mort de Willem Barentsz, Christiaan Julius Lodewyck Portman, 1836. Célèbre navigateur hollandais, Willem Barentsz (1594-1597) fut l’un des premiers à tenter le passage du nord-est vers la Chine lors de trois voyages mémorables de 1594 à 1596.

La « peste marine »

 

Entre la fin du XVe siècle et le début du XXe siècle, les récits d’équipages décimés par le scorbut sont légion. C’est au cours des grandes expéditions maritimes des XVe et XVIe siècles que la maladie est associée au monde marin. Paradoxalement, ce sont les avancées technologiques qui ont amené le scorbut parmi les équipages en permettant aux vaisseaux de naviguer sur de plus grandes distances et d’augmenter la durée entre les escales.

Les épopées des grands navigateurs seront endeuillées par ce mal qui emportera parfois la quasi-totalité des équipages. En 1497, Vasco de Gama voit apparaître le scorbut parmi son équipage au bout de 12 à 15 semaines de navigation. En onze mois, ce mal va causer la perte de 120 de ses 160 marins.

En 1519, le premier Tour du monde, réalisé par Ferdinand de Magellan, sera tout aussi funèbre. Des 265 marins réunis pour le voyage, 18 seulement parviendront au bout du voyage, la plupart ayant péri là encore à cause du scorbut. Antonio Pigafetta, l’historiographe de Magellan, décrit les symptômes avec une rare acuité : « Les gencives commencent à enfler, des abcès se forment dans la bouche, les dents se déchaussent puis tombent. Le palais devient si enflé qu’ils ne peuvent plus rien avaler et périssent misérablement… »

La maladie fera aussi des ravages parmi les équipages français : Jacques Cartier perdra 25 de ses 110 hommes lors de son expédition au Canada en 1535. Et le commerce dit « triangulaire » se trouvera tout autant vulnérable : le scorbut affectera les Africains transportés sur les bateaux pour devenir esclaves dans les Amériques.

( Source Hérodote.net)